CINQ MUSICIENS AU MÈTRE CARRÉ

(Titre initial : Schnittke Parade)

 

photo : Antoine Herman ©

Mettez cinq musiciens dans une pièce. Secouez. Observez.
Sur la musique hallucinée d'Alfred Schnittke, la compagnie du Piano Ambulant entre en piste.
S’inspirant des appartements communautaires de l’ère soviétique, les cinq musiciens se retrouvent dans une cohabitation forcée.
Du tragique au cocasse en passant par l'absurde, cette situation génère des sketchs comme autant d’entrées de cirque. 
Avec son grain de folie habituel, Le Piano Ambulant s'empare des partitions flamboyantes du compositeur russe Schnittke, faites de juxtapositions et collages, pour les redéployer avec impertinence. 
Dans une époque où chacun sait tout sur son voisin sans même le connaitre, le spectacle interroge nos (in)capacités à vivre ensemble, à préserver notre intimité et notre individualité.
Une tragi-comédie musicale pour petits et grands.

NOTES D'INTENTION

Interroger les identités multiples

Au travers de ce kaléidoscope sonore à l’expressivité flamboyante, la compagnie souhaite interroger l’architecture complexe de nos identités, vraie pour tout un chacun mais plus encore pour les individus tels Schnittke confrontés au multiculturalisme, à l’entrelas des langues, des pays, des religions…
Comment se construit-on : par la mise en contact douce ou rugueuse à autrui, l’accumulation d’expériences, l’infusion lente de certains paysages, géographiques et relationnels ? Comment l’individu arrive-t-il à s’assurer la conviction d’un moi intime suffisamment stable ? Comment réussit-il à inscrire sa personnalité irréductible dans le fracas du monde, à le goûter tout en s’en protégeant ?
De combien de mues, de masques brandis puis abandonnés, d’idoles et de figures détestées, de blessures plus ou moins bien cicatrisées sont faites nos évolutions ?

Le modèle de la kommunalka
« La musique de Schnittke laisse toujours croire que l'on écoute Berg pendant que le voisin du dessus écoute Schubert ».

La cohabitation folle des esthétiques propre à la musique d’Alfred Schnittke nous a conduit à  interroger cette invention si particulière à l’union soviétique : l’appartement communautaire, la « kommunalka », qui imposait cohabitation à des individus que rien ne liait. Vaste terrain d’expérimentations musico-théâtrales où le tragique croise le cocasse.
Les soviétiques vivaient ainsi, regroupés par la milice, sans considération pour les tragédies que cette promiscuité forcée pouvait engendrer. Un mari divorcé et remarié pouvait vivre dans la chambre voisine de son ex-femme. Un cinéaste pouvait se retrouver contraint de s’enfermer des heures durant dans la salle de bain pour trouver le calme nécessaire à son travail.
La cuisine collective qui était le lieu des retrouvailles et des  fêtes, comme celui où s’exprimaient les craintes les plus angoissées : casseroles verrouillées avec un cadenas pour ne pas se faire voler ni empoisonner, oreilles attentives aux malheurs de ses voisins pour en tirer profit…
Riches en figures contrastées, les  kommunalka offraient toute la palette des comportements humains : nobles déchus ressassant leur grandeur passée, alcoolique qui réveillait tout le monde au milieu de la nuit, ou encore un indic prêt à dénoncer celui qui invitait son amoureuse dépourvue d’autorisation de résidence.
La kommunalka, sur une scène de théâtre se comporte comme un résonateur de nos questionnements contemporains : choc des cultures, des religions, des origines sociales ; confrontation entre celui qui possède (encore) quelques objets, quelques meubles, et celui qui n’a que de quoi survivre. La kommunalka, en exacerbant les caractères, offre aussi un terrain propice au burlesque produisant une mise en jeu accessible à tous.
Le Piano Ambulant, avec la complicité de la metteuse en scène Claire Truche, sera à nouveau à la recherche de ce qui relie le travail de l’acteur et celui du musicien.
Du tragique au cocasse en passant par l’absurde, toute une humanité concentrée dans douze mètres carrés.
Quelle musique mieux que celle de Schnittke pouvait exprimer les sursauts chaotiques d'une confrontation à l'altérité ?

 

ALFRED SCHNITTKE

Alfred Schnittke, compositeur russe né en 1934 à Engels en Union Soviétique et mort en 1998 à Hambourg est l’un des compositeurs les plus fascinants et déstabilisants du XXème siècle. « Pour les classiques je suis un futuriste, pour les futuristes je suis un réactionnaire » dira-t-il.
La vérité est que la musique de Schnittke est un patchwork génial et un des reflets les plus profonds de notre monde contemporain.
Cette caisse de résonnance que la musique de Schnittke semble offrir à notre siècle provient en grande partie de cette esthétique si particulière : le « poly-stylisme ».  Un brassage d’esthétiques poussé à ce degré de virtuosité et de culot est quasi unique dans l’histoire de la musique et dans l’histoire de l’art en général.
Voilà en effet quelqu'un qui aura passé sa vie à croiser et marier les musiques les plus diverses, les plus apparemment incompatibles, passant du néo-baroque au sérialisme, à la fanfare de cirque, à la musique d'Europe centrale, au tango… passant surtout sans cesse du rire aux larmes. Il parle de cela en ces termes : « La réalité contemporaine va rendre obligatoire de donner à entendre, d'une manière ou d'une autre, toute la musique qu'un individu aura entendu depuis son enfance, ce qui inclut le jazz et le rock, la musique classique et toutes les autres formes. »
Schnittke était tout sauf un dogmatique. Sa musique est faite d’émotions et de folie pure. Adhérer à une école esthétique, à une chapelle ? Très peu pour lui. D'après Schnittke, le dodécaphonisme « offre une solution mécanique manquant de dimension esthétique », il en tire la conclusion suivante : « le train sériel dans lequel j'étais monté, m'a vite paru trop encombré et condamné par ses rails à faire toujours le même trajet. Je décidai alors de descendre à la prochaine station et de continuer mon propre chemin à pied. »
Ce qu’il ne veut pour rien au monde c’est se contraindre à l’auto-limitation expressive qui touche nombre de compositeurs de musique contemporaine. Pour lui l’expression se niche dans le conflit permanent entre dissonance et consonance, dans la juxtaposition de l’élégiaque et du grotesque.
Mais peut-être ce goût du multiple trouve-t-il ses sources au plus profond de la vie de Schnittke. Fils d’un juif germanophone de Lettonie et d’une orthodoxe germanophone des bords de la Volga, Schnittke se sent tout à la fois juif, Russe et Allemand, de confession orthodoxe et juive. « J'ai pris conscience de mon dilemme sans solution de n'appartenir à personne, de ne pas avoir de pays, de lieu à moi. Je m'y suis finalement résigné. Peu importe au fond où l'on se trouve. Ce n'est pas l'essentiel. Ce qui compte, c'est ce que l'on pense. »
Ce créateur tellement unique, si imprévisible et au fond si inquiétant, ne pouvait que provoquer le malaise des autorités soviétiques. Durant toute sa vie le pouvoir soviétique n’aura de cesse de le contraindre et de le rabaisser : par le biais de la censure, par des retards systématiques à l’édition, en le contraignant à produire de la musique de film à la chaine, en favorisant des « artistes soviétiques corrects respectant la tradition » etc.
Pourtant une reconnaissance internationale finira par entourer sa musique à partir des années 80, relayée par de très grands musiciens tels que le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, le violoniste Gidon Kremer ou encore le chef d’orchestre Gennadi Rodjestvenski.
En 1990 il finira par quitter définitivement l’URSS pour s’installer à Hambourg.
La fin de sa vie est marquée par de terribles accidents vasculaires cérébraux. Il sera à de nombreuses reprises déclaré cliniquement mort par les médecins, et pourtant il continuera non seulement à vivre au-delà de toute espérance raisonnable, mais continuera à composer avec une ardeur quasi magique.

 
Alfred Schnittke et son fils

MATÉRIAU MUSICAL

La trame principale de notre création est donnée par la vaste partition « Sketches » elle-même dérivée de sa musique de scène pour le Révisor de Gogol.
Le piano ambulant, réputé pour l’inventivité, l’audace et la science de ses transcriptions s’empare avec gourmandise de cette partition délirante et y apporte son regard à la fois impertinent et amoureux.
La compagnie qui en sus de sa formation de base (flûte, hautbois, violon, violoncelle, piano) aime à étendre son instrumentarium à un corpus inattendu (orgue indien, harmonium, mélodica, scie musicale…) développe encore ses recherches organologiques pour cet opus. Orgues électroniques, synthétiseurs, jeux de cloches-obus, flexatone, ou objets détournés viennent enrichir notre instrumentarium déjà riche.

MATÉRIAU LITTERAIRE

- Paola Messana : Kommunalka (Ed. J.C. Lattes)

- Paul Gréveillac : Cadence secrète, la vie invisible d'Alfred Schnittke (Ed. Gallimard)

- Danill Harms : Ecrits (Ed. C. Bourgeois)

- Orlando Figes : Les chuchoteurs (Ed. Denoël)

 

DISTRIBUTION 

Musique : Alfred Schnittke

Mise en scène : Claire Truche
Transcriptions : collectif Le Piano Ambulant
Texte : Claire Truche

Avec :
Sylvie Dauter : piano, synthétiseurs
Christine Comtet : flûte, piccolo, synthétiseur
Antoinette Lecampion : violon, synthetiseur
François Salès : hautbois, tambour
Joël Schatzman : violoncelle, basse électrique

Création lumière : Emmanuel Sauldubois
Création costume : Céline Pigeot

Tout public à partir de 8 ans

Avec l'aide de la Spedidam, l'Adami et la Drac Auvergne Rhône-Alpes

DANS LA PRESSE

Le petit monde de l’appartement collectif fait défiler une singulière galerie de personnages que les musiciens-comédiens du Piano Ambulant incarnent tout au long d’un spectacle qui enchaîne des « entrées » à la manière d’un spectacle forain.
La variété, l’inventivité qui s’offrent tant aux yeux qu’aux oreilles du spectateur captivent de bout en bout. Des moments de calme gris et pesants aux explosives crises de nerfs – collectives forcément ! – « Schnittke Cabaret » aligne les tableaux avec une fluidité et une virtuosité étonnantes. Musique et jeu scénique ne font qu’un ; les comédiens-musiciens volent d’un instrument à l’autre avec une aisance confondante et mettent les sons au service de toute une gamme d’humeurs et de situations, en ne se privant pas de moments surréalistes comme lors de l’apparition d’un gigantesque ours en peluche ou d’un musicien métamorphosé ... en Superman !
Alain Cochard - concertclassic.com, février 2020


PARTENAIRES

Opéra de Lyon

Théâtre Astrée (Villeurbanne)

Le Trente (Vienne)

Ecole du commandant Arnaud (Lyon)

 

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