Suivez la nouvelle création du PIANO AMBULANT pour la saison 2020 !

Cinq mètres carrés

d'après Alfred Schnittke

Tout public à partir de 10 ans
(titre provisoire)

Projet artistique

« La musique de Schnittke laisse toujours croire que l'on écoute Berg pendant que le voisin du dessus écoute Schubert ».

La musique hallucinée d’Alfred Schnittke vue par le trou de serrure d’un appartement communautaire de l’époque soviétique.
Du tragique au cocasse en passant par l’absurde, toute une humanité concentrée dans douze mètres carrés.

La cohabitation folle des esthétiques propre à la musique d’Alfred Schnittke nous a conduit à  interroger cette invention si particulière à l’union soviétique : l’appartement communautaire, la « kommunalka », qui imposait cohabitation à des individus que rien ne liait. Vaste terrain d’expérimentations musico-théâtrales où le tragique croise le cocasse.
Les soviétiques vivaient ainsi, regroupés par la milice, sans considération pour les tragédies que cette promiscuité forcée pouvait engendrer. Un mari divorcé et remarié pouvait vivre dans la chambre voisine de son ex-femme. Un cinéaste pouvait se retrouver contraint de s’enfermer des heures durant dans la salle de bain pour trouver le calme nécessaire à son travail.
La cuisine collective qui était le lieu des retrouvailles et des  fêtes, comme celui où s’exprimaient les craintes les plus angoissées : casseroles verrouillées avec un cadenas pour ne pas se faire voler ni empoisonner, oreilles attentives aux malheurs de ses voisins pour en tirer profit…
Riches en figures contrastées, les  kommunalka offraient toute la palette des comportements humains : nobles déchus ressassant leur grandeur passée, alcoolique qui réveillait tout le monde au milieu de la nuit, ou encore un indic prêt à dénoncer celui qui invitait son amoureuse dépourvue d’autorisation de résidence.
La kommunalka, sur une scène de théâtre se comporte comme un résonateur de nos questionnements contemporains : choc des cultures, des religions, des origines sociales ; confrontation entre celui qui possède (encore) quelques objets, quelques meubles, et celui qui n’a que de quoi survivre. La kommunalka, en exacerbant les caractères, offre aussi un terrain propice au burlesque produisant une mise en jeu accessible à tous.
Le Piano Ambulant, avec la complicité de la metteuse en scène Claire Truche, sera à nouveau à la recherche de ce qui relie le travail de l’acteur et celui du musicien.
Quelle musique mieux que celle de Schnittke pouvait exprimer les sursauts chaotiques d'une confrontation rapprochée à l'altérité ?

Intentions

Interroger les identités multiples.
Au travers de ce kaléidoscope sonore à l’expressivité flamboyante, la compagnie souhaite interroger l’architecture complexe de nos identités, vraie pour tout un chacun mais plus encore pour les individus tels Schnittke confrontés au multiculturalisme, à l’entrelas des langues, des pays, des religions…
Comment se construit-on : par la mise en contact douce ou rugueuse à autrui, l’accumulation d’expériences, l’infusion lente de certains paysages, géographiques et relationnels ? Comment l’individu arrive-t-il  à s’assurer la conviction d’un moi intime suffisamment stable ? Comment réussit-il à inscrire sa personnalité irréductible dans le fracas du monde, à le goûter tout en s’en protégeant ?
De combien de mues, de masques brandis puis abandonnés, d’idoles et de figures détestées, de blessures plus ou moins bien cicatrisées sont faites nos évolutions ?

Alfred Schnittke

Alfred Schnittke, compositeur russe né en 1934 à Engels en Union Soviétique et mort en 1998 à Hambourg est l’un des compositeurs les plus fascinants et déstabilisants du XXème siècle. « Pour les classiques je suis un futuriste, pour les futuristes je suis un réactionnaire » dira-t-il.
La vérité est que la musique de Schnittke est un patchwork génial et un des reflets les plus profonds de notre monde contemporain.
Cette caisse de résonnance que la musique de Schnittke semble offrir à notre siècle provient en grande partie de cette esthétique si particulière : le « poly-stylisme ».  Un brassage d’esthétiques poussé à ce degré de virtuosité et de culot est quasi unique dans l’histoire de la musique et dans l’histoire de l’art en général.
Voilà en effet quelqu'un qui aura passé sa vie à croiser et marier les musiques les plus diverses, les plus apparemment incompatibles, passant du néo-baroque au sérialisme, à la fanfare de cirque, à la musique d'Europe centrale, au tango… passant surtout sans cesse du rire aux larmes. Il parle de cela en ces termes : « La réalité contemporaine va rendre obligatoire de donner à entendre, d'une manière ou d'une autre, toute la musique qu'un individu aura entendu depuis son enfance, ce qui inclut le jazz et le rock, la musique classique et toutes les autres formes. »
Schnittke était tout sauf un dogmatique. Sa musique est faite d’émotions et de folie pure. Adhérer à une école esthétique, à une chapelle ? Très peu pour lui. D'après Schnittke, le dodécaphonisme « offre une solution mécanique manquant de dimension esthétique », il en tire la conclusion suivante : « le train sériel dans lequel j'étais monté, m'a vite paru trop encombré et condamné par ses rails à faire toujours le même trajet. Je décidai alors de descendre à la prochaine station et de continuer mon propre chemin à pied. »
Ce qu’il ne veut pour rien au monde c’est se contraindre à l’auto-limitation expressive qui touche nombre de compositeurs de musique contemporaine. Pour lui l’expression se niche dans le conflit permanent entre dissonance et consonance, dans la juxtaposition de l’élégiaque et du grotesque.
Mais peut-être ce goût du multiple trouve-t-il ses sources au plus profond de la vie de Schnittke. Fils d’un juif germanophone de Lettonie et d’une orthodoxe germanophone des bords de la Volga, Schnittke se sent tout à la fois juif, Russe et Allemand, de confession orthodoxe et juive. « J'ai pris conscience de mon dilemme sans solution de n'appartenir à personne, de ne pas avoir de pays, de lieu à moi. Je m'y suis finalement résigné. Peu importe au fond où l'on se trouve. Ce n'est pas l'essentiel. Ce qui compte, c'est ce que l'on pense. »
Ce créateur tellement unique, si imprévisible et au fond si inquiétant, ne pouvait que provoquer le malaise des autorités soviétiques. Durant toute sa vie le pouvoir soviétique n’aura de cesse de le contraindre et de le rabaisser : par le biais de la censure, par des retards systématiques à l’édition, en le contraignant à produire de la musique de film à la chaine, en favorisant des « artistes soviétiques corrects respectant la tradition » etc.
Pourtant une reconnaissance internationale finira par entourer sa musique à partir des années 80, relayée par de très grands musiciens tels que le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, le violoniste Gidon Kremer ou encore le chef d’orchestre Gennadi Rodjestvenski.
En 1990 il finira par quitter définitivement l’URSS pour s’installer à Hambourg.
La fin de sa vie est marquée par de terribles accidents vasculaires cérébraux. Il sera à de nombreuses reprises déclaré cliniquement mort par les médecins, et pourtant il continuera non seulement à vivre au-delà de toute espérance raisonnable, mais continuera à composer avec une ardeur quasi magique.

Matériau musical

La trame principale de notre création sera donnée par la vaste partition « Sketches » elle-même dérivée de sa musique de scène pour le Révisor de Gogol.
Le piano ambulant, réputé pour l’inventivité, l’audace et la science de ses transcriptions s’emparera avec gourmandise de cette partition délirante et y apportera son regard à la fois impertinent et amoureux.
La compagnie qui en sus de sa formation de base (flûte, hautbois, violon, violoncelle, piano) aime à étendre son instrumentarium à un corpus inattendu (orgue indien, harmonium, mélodica, scie musicale…) développera encore ses recherches organologiques pour cet opus. Orgues électroniques, jeux de cloches, flexatone, hautbois électronique viendront enrichir notre instrumentarium déjà riche.

 

Premières transcriptions / premières répétitions

Le portrait

 

Pas de deux

DISTRIBUTION 

Mise en scène : Claire Truche
Transcriptions : collectif Le piano ambulant

Avec :
Sylvie Dauter : piano, synthétiseurs
Christine Comtet : flûte, piccolo, synthétiseur
Antoinette Lecampion : violon, syhnthétiseur
François Salès : hautbois, hautbois électronique
Joël Schatzman : violoncelle, synthétiseur

Création lumière : Emmanuel Sauldubois
Création costume : Céline Pigeot

 

PLANNING PREVISIONNEL DE CREATION

Janvier 2018 - décembre 2018
transcription du matériau musical

Mai et décembre 2018
travail "à la table" avec Claire Truche

Février 2019
résidence plateau / théâtre Astrée

5 mars 2019
sortie de résidence public / théâtre Astrée

Avril - juillet 2019
résidences plateau / Friche Lamartine

Juin 2019
concert présentation du matériau musical / Quasi festival

Septembre 2019
constructions des éléments scénographiques et costumes

Janvier 2020
création

 

PARTENAIRES

Opéra de Lyon

Théâtre Astrée